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L’Ombre de la Goule

Musique que je recommande pour ce texte: The Thing that should not be de Metallica, ou bien All Nightmare Long du même groupe.

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« Arkham, 12 mars 1923.

A l’heure où j’écris ces lignes, la folie étend ses ailes sur mon esprit embrumé. Jamais je n’aurai crû en arriver là, mais cette lettre sera suivie de mon suicide. Cela semble en effet la seule voie un tant soit peu agréable vers la paix ultime, face à cette crainte dévorante qui brûle en mon âme…
Pour l’avenir de l’Homme, je n’entrevois que la désolation. Les entités que j’ai réveillé, prisonnières de ce minaret iranien, ne sont qu’une pièce de ce puzzle impie organisé par des divinités malfaisantes d’au-delà notre univers, dont je n’ose dévoiler ici les noms, pourtant psalmodiés depuis des éons par d’anciens cultes…
Mais je dois coucher sur cette feuille ma bien sombre aventure:
Je me nomme Frederic Galas et, jusqu’à la fin de cette lettre (celle de ma vie, par conséquent) je suis ethnologue, discipline que j’enseignais (jusqu’à ma démission) à l’Université Miskatonic d’Arkham, où je réside.
Ma spécialité: le folklore. Mes écrits sur les mythes préchrétiens et arabes m’assurent toujours le statut d’expert en la matière.
En avril 1922, le professeur Bauers, éminent archéologue à qui j’ai eu l’honneur d’enseigner, vint à moi afin de me proposer de le suivre dans une expédition au temple d’El-Karab, en Iran, pourtant  jugé inintéressant par les sommités. S’ils savaient…
J’acceptais avec joie, ayant  eu vent des étranges pictogrammes qui en tapissaient les murs. Si moi, j’avais su…
Nous partîmes cinq, nous revînmes quatre. Bauers et deux de ses élèves, un paléographe et moi-même.
Le doyen nous ayant refusé un financement, Bauers trouva un mécène en la personne de Mr Schneider, allemand très riche et féru d’Histoire. Nous ne le vîmes jamais mais entendirent parler de sa fabuleuse bibliothèque ainsi que de sa riche collection de masques.
En février 1923, nous prîmes le bateau pour l’Iran.
Le voyage fut paisible, aussi en profitai-je pour nourrir mon esprit grâce à des ouvrages sur le paganisme du Moyen-Orient. Ce n’est que maintenant que ces sanguinolents mythes m’apparaissent réels…
Arrivés au port d’Amirabad, proche de notre destination, un guide nous mena, le lendemain, au temple, tout en nous racontant les légendes destinées aux touristes. Toutefois, lorsqu’il mentionna que les habitants des environs le craignaient et que les Touaregs, en plus de ne jamais s’y arrêter,  ne l’évoquaient pas non plus, rendant le sujet tabou, ma curiosité fut piquée au vif par l’Aiguille de la Connaissance, celle qui me poussa à devenir un universitaire respecté.  Cherchant à en savoir plus, il me répondit qu’on le disait hanté. Il ne savait rien de plus.
Après deux jours de routes nous atteignirent le fameux lieu de culte. Après avoir remercié le bédouin, nous le payèrent, et il partit, convenant de revenir dans cinq jours. La descente aux Enfers débuta lorsque nous franchîmes le seuil. Soudainement, une rafale de vent glacé nous frappa, un instant. Le temps d’un battement de coeur, une crainte instinctive, du fond de l’âme, nous assaillit.
Une fois cette inexplicable sensation passée, nous avançâmes dans le temple, le découvrant progressivement.
Traversant l’allée unique, nous nous dirigeâmes vers le centre de la pièce (le temple était de dimensions très modestes), occupé par un puits.  Il nous semblait que les pictogrammes se concentraient sur le puits, et la brève analyse que nous en fîmes nous permit d’y trouver pêle-mêle des hiéroglyphes égyptiens, des caractères ressemblant à de l’hébreu et une multitude de pentacles, ce qui nous surprît au plus haut point.
Après réflexion, nous convînmes que ces pentacles servaient à la protection, et semblaient… sceller le puits. Idiots nous fûmes, en l’ouvrant, négligeant ces interdits millénaires…
A son ouverture, trois jours plus tard, le puits dégagea une infecte puanteur, celle d’un charnier dont les corps pourrissent depuis des siècles… D’abord, nous ne vîmes rien, puis, tournant en rond dans une flaque, nous aperçumes une, puis deux, dix, jusqu’à une cinquantaine de créatures bipèdes mais étrangement difformes.
Les appellant, elles se retournèrent, et nous vîmes la lueur rouge de leurs yeux nous fixer. Mais cette lueur, ce regard, était chargé de mal, un mal qui, je le compris plus tard, avait croupit des millénaires dans un puits humide et sombre, attendant de pouvoir se jeter sur le fou qui le délivrerait. Ce que nous avions fait!
Les goules -car c’en était- poussèrent en même temps une plainte féroce oscillant entre le très grave et le très aigu (montrant une certaine coordination entre ces êtres alors pourvus d’intelligence). Nous hurlâmes à notre tour, et reculèrent. Mais déjà les goules remontaient vers la surface, quittant leur prison.
Lorsque la tête difforme de la première nous apparut, la vision de ce visage qui semblait à vif, dépourvu de toute peau, baigné de sang et au regard haineux, nous fut quasi insupportable. Un étudiant de Bauers s’évanouit, frappé de terreur.
Savoir qu’une cinquantaine de ces créatures nous attendaient suffit à nous persuader de tirer sur la première pour fuir, vers le désert, vers notre guide qui déjà devait entamer son voyage vers nous…
En sortant du temple, je dessinai un pentacle sur le seuil, récitant des formules arabes. Puis nous nous enfuirent.
Après deux jours de fuite, faisant des rêves étranges lorsque le sommeil nous frappait, nous croisâmes notre guide. Après l’avoir remercié et embrassé, il nous demanda pourquoi nous n’étions que quatre et où était notre matériel.
La terreur nous frappa. Carter, l’étudiant de Bauers, celui qui, quelques années plus tôt, découvrit le tombeau de Toutankhamon… Nous l’avions laissé là-bas!
Nous mentionnâmes tout de même les goules à notre guide. Il devint aussîtot très triste,  semblant nous en vouloir, puis s’enferma dans le mutisme après avoir murmuré « grand-père… »
De retour à l’Université, nos confrères nous raillèrent. Après tout, personne ne croyait trouver quelque chose là-bas. Et ce fut officiel: nous n’avions rien vu, rien trouvé. Les pictogrammes n’étaient que des bas-reliefs superposés et cassés par endroits. Mr Schneider eut droit au même mensonge, et Bauers fut heureux de ne plus avoir à le revoir. Il en avait un peu peur, et parait-il que ses masques semblaient l’observer. Il en cauchemardait.
Et moi aussi, depuis, je cauchemarde. Les goules nous ont retrouvé dans cet endroit étrange que le Monde du Rêve.
Les médicaments, toutes ces drogues, cela ne suffit plus. Je les entend, oui, je sens l’ombre de la goule sur moi.
Je vais me donner la mort. »

Lettre du professeur Frederic Galas, ethnologue, trouvé sur son bureau et tachée de sang. Le corps reste introuvable, le seul indice étant le sable du désert trouvé  à divers endroits de son cabinet de travail. La police songe à un meurtre rituel suite à cette expédition, ajoutée à la folie paranoïaque apparente de Galas. Ses confrères (ceux qu’il cite) ne savent rien.

Ma légère contribution à l’Univers Lovecraftien. Merci Howie, tes créations sont de véritables Muses à mes yeux.
Ecrit en 2011

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