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Shamballah.

L’enregistrement vidéo commence, sautant, passant du noir et blanc à la couleur. On y voit un officier chinois au teint maladif. L’homme est recouvert de plaies et de cicatrices, ses jambes sont blessées. Il parle anglais avec un très fort accent.

« Mon nom est Weichan Zu, officier de l’Armée de notre Céleste Empire. Je vais bientôt mourir, et nul ne peut m’aider. Ma rédemption sera dans les révélations que je m’apprête à vous faire. Mon cousin, journaliste américain, est chargé de transmettre cette vidéo au monde. Car je désire en finir avec le mensonge, nous allons trop loin. Commençons:

Dans les années ’50, nous avons, sous les ordres de notre chef, le grand Mao, envahi le Tibet. Cette partie de l’histoire n’a aucune raison d’être rapportée, le temps presse. Mais je dois ici vous dévoiler la vérité: un secret millénaire se cache dans l’Himalaya, et le gouvernement chinois a la main dessus.

Tout a commencé quand nos historiens ont découvert, dans le tombeau de Qin Shi Huang, notre premier empereur, un traité d’alchimie. Le monarque était en effet obsédé par la quête de la vie éternelle, et de tout temps, l’Empire du Milieu a innové dans le domaine alchimique, inventant par exemple la poudre à canon. Ce traité faisait mention d’un trésor enfoui sous les glaces, accordant l’immortalité à celui qui le posséderait. La position était révélée, et Mao, lorsqu’il l’apprit, envoya l’Armée de Libération, dont je faisais parti, le chercher. Nous y avons trouvé des merveilles, mais la mort guette ceux qui jouent avec les forces entre les mondes. Là-bas, elle nous attendait.

Il fut facile d’inventer des raisons à nos actes, et la manipulation de masse des esprits est la spécialité de notre gouvernement. Notre équipe partit donc, avec deux archéologues (soit-disant là pour expertise) , en quête de ce pouvoir ancestral.

Après plusieurs jours de marche, nous arrivâmes face à une cavité dans la  montagne, dans laquelle, toujours. d’après les plans, nous sommes entrés. Face à nous, d’étranges dessins recouvraient les parois de la grotte, accompagnés de caractères mystérieux. Des ossements de divers animaux jonchaient le sol, et la lumière des torches révélaient d’étranges plantes émettant une phosphorescence naturelle, ce qui nous éclairait faiblement, de manière fantomatique. Ces plantes se répartissaient dans un couloir en pente montante, dans lequel nous avançâmes. Au bout d’un long chemin, nous vîmes un halo lumineux dans le fond, qui grossissait avec notre avancée. Finalement, nos pas débouchèrent sur un grand plateau, au creux de la montagne, enneigé et où la respiration était ardue, à cause de l’altitude. Il y avait des creux dans la montagne, des sortes de grottes, ainsi qu’un bâtiment de pierre au loin, où semblait brûler un feu. Mais après avoir parcouru quelques mètres, nous nous fîmes attaquer par surprise! Trois membres de l’équipe restèrent sur place, transpercés de flèches, tirées par nos agresseurs invisibles, alors que nous prenions la fuite.

Nous n’étions plus que trois, cachés derrière un rocher, en train d’essayer d’apercevoir nos assaillants et relisant le manuscrit une nouvelle fois. Nos assaillants devaient être ces gardiens des lieux, mentionnés dans les écrits comme étant les Tcho-Tcho, habitants millénaires d’un endroit nommé Leng. Nous comprîmes bien vite le danger qui nous guettait, cependant, nous décidâmes de rester sur les lieux, en quête du pouvoir antique décrit dans le traité. Il s’agissait vraisemblablement d’une sorte d’énergie, un Qi suprême, contenu dans une idole. Nous nous dirigeâmes donc, prudemment, prêts à fusiller les Tcho-Tcho, vers le bâtiment de pierre, le seul à l’horizon, en longeant la paroi de la montagne.

A l’affût de la moindre hostilité, nous avancions pas à pas, redoutant une agression qui ne vint pas. Nous atteignîmes finalement la construction, qui s’avérait être un temple, dédié à des créatures dont le nom n’a été murmuré depuis des éons, bien avant nos croyances. Deux statues difformes, dont l’existence offensait la Création, cernées par des chandeliers,  nous faisaient face, et les fragrances opiacées provenant d’encensoirs cyclopéens embrumaient nos cerveaux. Des tentures illusoires figurant des yantras blasphématoires recouvraient les murs, et l’ambiance de spiritualité impie que nous découvrions ici nous rendait malades. Entre les sculptures se trouvait un autel, fait avec une pierre d’une noirceur pareille à la pupille d’un fou; et sur cet autel nous attendait -j’en suis sûr maintenant, elle nous attendait!- l’idole décrit dans le parchemin, mesurant une quinzaine de centimètres, entourée d’une aura cosmique invisible mais qui irradiait d’une manière insoutenable jusqu’à mon cœur. Je m’approchai, et elle rougeoyait à mesure que je m’avançai. Quand enfin je m’en saisis,  elle redevint normale. Je la mis dans mon sac, et nous sortîmes, près à partir.

Mais une fois dehors du sanctuaire, nous fîmes face à une trentaine de Tcho-Tcho, armés de lances et de haches, nous menaçant! Ces créatures étaient hideuses, bleutées et imberbes, obèses.  Nous sortîmes tout les trois un pistolet et entamâmes la fusillade. Mais les indigènes furent plus rapides et massacrèrent mes compagnons avec une rapidité effroyable. Piégé dans un recoin, cerné par les créatures, je me pensai mort. Mais, avec un sourire vicieux sur les lèvres, tous s’écartèrent et me laissèrent libre. Intrigué, mais en vie, je pris la fuite, courant comme un diable pour m’échapper de ce plateau maudit mille fois! Une fois sorti du boyau montagneux, je retrouvai au campement mes hommes, annonçant la réussite de la mission ainsi que la mort de mes équipiers, sans rien raconter de la vérité et justifiant un éboulement.  De retour au pays, je remis l’idole à Mao et lui racontai l’histoire complète. Stupéfaits, il engagea des occultistes et les fit travailler sur la statue ainsi que sur le peuple barbare à qui je l’avais volé.

Je suis enfin à la retraite, mais si l’occupation dure toujours c’est parce que le Gouvernement essaie de prendre contact depuis des années avec les Tcho-Tcho, sans réussite. Mes cauchemars m’ont appris que l’idole est maudit, aussi vais-je me donner la mort avant que le Grand Hastur vienne s’emparer de mon âme, laissant mon corps vide près à accueillir un de ses séides. Adieu, et n’oubliez pas que ceci est vrai. »

Il arrête la vidéo. 

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