Selfish Marijuana

Sous les tumultes et les huées,

Toi tu continues de rouler;

Dieu a fait l’Homme a son image,

Toi tu mets Dieu dans un nuage.

Herbe des poètes, ô pacifiste,

Tu es pourtant toujours sur la piste:

Au cœur des débats politiques,

Pendant qu’ils crèvent en Afrique.

Virez Marie-Jeanne, s’il vous plait,

Du journal de vingt heures,

Même si elle emplit nos quartiers

D’une putain de bonne odeur.

Mais t’inventer une conscience,

Pour faire entendre mon tonnerre,

N’est pas une preuve de science,

Et je n’te déclare pas la guerre.

Aussi, légalisez, légalisez,

La Tentatrice immaculée;

Et si les Raisins de la colère sont les fruits de la révolte,

La plante de la discorde, pour l’Etat, c’est celle qu’on récolte.

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Hyperchimie

Le premier morceau à m’être venu à l’esprit pour ce texte est Kali Yuga III de Therion.

L’hyperchimie est une doctrine visant à poursuivre le Grand Oeuvre alchimique avec les techniques de la science moderne.

« 23h42. Voici trois mois maintenant que je poursuis cette Quête. Maudit grimoire… Instantanément, mon coeur et mon âme ne firent qu’un avec le savoir contenu par cet ouvrage. Trois mois de paranoïa, de sorties réduites à leur strict minimum: le supermarché au bas de la rue et le droguiste pour les matériaux…
Au départ, ma copine m’encourageait: quand, dans une crise de nerf j’en suis venu à l’insulter, elle est partie…
J’y suis presque.  Ces choses se ressentent. Après avoir purifié le salpêtre, distillé le mercure, broyé le sel et que sais-je encore, la Pierre Philosophale se rapproche. Enfin!!
Le grimoire dit que l’alchimiste doit mettre du sien dans son Oeuvre. Je viens de comprendre. Où est l’athamée? Ah, ici.
Une goutte de sang, et hop! dans le bécher. Ca bouillonne autant que mon âme. Dans l’alambic, tout ça.
Je vois la goutte rouge monter dans le tuyau, redescendre… Enfin! La goutte s’est cristalisée! »
L’homme prend la mystérieuse pierre dans la main. Un flash lumineux. La vidéo s’arrête là. Au milieu des débris de flacons,  la police n’a pas retrouvé  le corps de l’homme. Ni le livre.

HyperchimieL’Ouroboros… Symbole alchimique,  Kekulé von Stradonitz le vit en rêve et découvrit la forme de la molécule du benzène (au centre).

Ecrit en 2011.

Shamballah.

L’enregistrement vidéo commence, sautant, passant du noir et blanc à la couleur. On y voit un officier chinois au teint maladif. L’homme est recouvert de plaies et de cicatrices, ses jambes sont blessées. Il parle anglais avec un très fort accent.

« Mon nom est Weichan Zu, officier de l’Armée de notre Céleste Empire. Je vais bientôt mourir, et nul ne peut m’aider. Ma rédemption sera dans les révélations que je m’apprête à vous faire. Mon cousin, journaliste américain, est chargé de transmettre cette vidéo au monde. Car je désire en finir avec le mensonge, nous allons trop loin. Commençons:

Dans les années ’50, nous avons, sous les ordres de notre chef, le grand Mao, envahi le Tibet. Cette partie de l’histoire n’a aucune raison d’être rapportée, le temps presse. Mais je dois ici vous dévoiler la vérité: un secret millénaire se cache dans l’Himalaya, et le gouvernement chinois a la main dessus.

Tout a commencé quand nos historiens ont découvert, dans le tombeau de Qin Shi Huang, notre premier empereur, un traité d’alchimie. Le monarque était en effet obsédé par la quête de la vie éternelle, et de tout temps, l’Empire du Milieu a innové dans le domaine alchimique, inventant par exemple la poudre à canon. Ce traité faisait mention d’un trésor enfoui sous les glaces, accordant l’immortalité à celui qui le posséderait. La position était révélée, et Mao, lorsqu’il l’apprit, envoya l’Armée de Libération, dont je faisais parti, le chercher. Nous y avons trouvé des merveilles, mais la mort guette ceux qui jouent avec les forces entre les mondes. Là-bas, elle nous attendait.

Il fut facile d’inventer des raisons à nos actes, et la manipulation de masse des esprits est la spécialité de notre gouvernement. Notre équipe partit donc, avec deux archéologues (soit-disant là pour expertise) , en quête de ce pouvoir ancestral.

Après plusieurs jours de marche, nous arrivâmes face à une cavité dans la  montagne, dans laquelle, toujours. d’après les plans, nous sommes entrés. Face à nous, d’étranges dessins recouvraient les parois de la grotte, accompagnés de caractères mystérieux. Des ossements de divers animaux jonchaient le sol, et la lumière des torches révélaient d’étranges plantes émettant une phosphorescence naturelle, ce qui nous éclairait faiblement, de manière fantomatique. Ces plantes se répartissaient dans un couloir en pente montante, dans lequel nous avançâmes. Au bout d’un long chemin, nous vîmes un halo lumineux dans le fond, qui grossissait avec notre avancée. Finalement, nos pas débouchèrent sur un grand plateau, au creux de la montagne, enneigé et où la respiration était ardue, à cause de l’altitude. Il y avait des creux dans la montagne, des sortes de grottes, ainsi qu’un bâtiment de pierre au loin, où semblait brûler un feu. Mais après avoir parcouru quelques mètres, nous nous fîmes attaquer par surprise! Trois membres de l’équipe restèrent sur place, transpercés de flèches, tirées par nos agresseurs invisibles, alors que nous prenions la fuite.

Nous n’étions plus que trois, cachés derrière un rocher, en train d’essayer d’apercevoir nos assaillants et relisant le manuscrit une nouvelle fois. Nos assaillants devaient être ces gardiens des lieux, mentionnés dans les écrits comme étant les Tcho-Tcho, habitants millénaires d’un endroit nommé Leng. Nous comprîmes bien vite le danger qui nous guettait, cependant, nous décidâmes de rester sur les lieux, en quête du pouvoir antique décrit dans le traité. Il s’agissait vraisemblablement d’une sorte d’énergie, un Qi suprême, contenu dans une idole. Nous nous dirigeâmes donc, prudemment, prêts à fusiller les Tcho-Tcho, vers le bâtiment de pierre, le seul à l’horizon, en longeant la paroi de la montagne.

A l’affût de la moindre hostilité, nous avancions pas à pas, redoutant une agression qui ne vint pas. Nous atteignîmes finalement la construction, qui s’avérait être un temple, dédié à des créatures dont le nom n’a été murmuré depuis des éons, bien avant nos croyances. Deux statues difformes, dont l’existence offensait la Création, cernées par des chandeliers,  nous faisaient face, et les fragrances opiacées provenant d’encensoirs cyclopéens embrumaient nos cerveaux. Des tentures illusoires figurant des yantras blasphématoires recouvraient les murs, et l’ambiance de spiritualité impie que nous découvrions ici nous rendait malades. Entre les sculptures se trouvait un autel, fait avec une pierre d’une noirceur pareille à la pupille d’un fou; et sur cet autel nous attendait -j’en suis sûr maintenant, elle nous attendait!- l’idole décrit dans le parchemin, mesurant une quinzaine de centimètres, entourée d’une aura cosmique invisible mais qui irradiait d’une manière insoutenable jusqu’à mon cœur. Je m’approchai, et elle rougeoyait à mesure que je m’avançai. Quand enfin je m’en saisis,  elle redevint normale. Je la mis dans mon sac, et nous sortîmes, près à partir.

Mais une fois dehors du sanctuaire, nous fîmes face à une trentaine de Tcho-Tcho, armés de lances et de haches, nous menaçant! Ces créatures étaient hideuses, bleutées et imberbes, obèses.  Nous sortîmes tout les trois un pistolet et entamâmes la fusillade. Mais les indigènes furent plus rapides et massacrèrent mes compagnons avec une rapidité effroyable. Piégé dans un recoin, cerné par les créatures, je me pensai mort. Mais, avec un sourire vicieux sur les lèvres, tous s’écartèrent et me laissèrent libre. Intrigué, mais en vie, je pris la fuite, courant comme un diable pour m’échapper de ce plateau maudit mille fois! Une fois sorti du boyau montagneux, je retrouvai au campement mes hommes, annonçant la réussite de la mission ainsi que la mort de mes équipiers, sans rien raconter de la vérité et justifiant un éboulement.  De retour au pays, je remis l’idole à Mao et lui racontai l’histoire complète. Stupéfaits, il engagea des occultistes et les fit travailler sur la statue ainsi que sur le peuple barbare à qui je l’avais volé.

Je suis enfin à la retraite, mais si l’occupation dure toujours c’est parce que le Gouvernement essaie de prendre contact depuis des années avec les Tcho-Tcho, sans réussite. Mes cauchemars m’ont appris que l’idole est maudit, aussi vais-je me donner la mort avant que le Grand Hastur vienne s’emparer de mon âme, laissant mon corps vide près à accueillir un de ses séides. Adieu, et n’oubliez pas que ceci est vrai. »

Il arrête la vidéo. 

Printemps bohème.

A bien des égards, l’Art est une marâtre:
Exigeante, revêche, pieuse  et acariâtre;
Mais très souvent, elle peut être la Muse rebelle,
Nous envolant loin, pour jouir au profond d’elle!

De cet orgasme naissent des créations passionnées,
Forgées pour, avec l’Univers, danser.
Affranchies de codes, seules comptent l’allégresse,
Et l’énergie qui crée; l’exaltation est maîtresse.

Sans cesse, ces œuvres reviennent à la vie
Courant dans les cieux jusqu’à nos esprits.
Et quand elles rencontrent un vagabond de l’âme,
Elles s’installent dans ses pensées et y allument des flammes.

Cet homme à la tête en feu devient un bohémien,
Il erre désormais, et sans proclamer sien
Ce monde,  piste de danse de ces idées
Qui depuis leur venue jamais ne l’ont quitté.

Oh, comme il est dur de rester ici,
Quand  notre esprit enfin a fleuri!
Mais parfois il faut se résigner
A ne parcourir que fictivement ces terrains parfumés…

Alors se calme le voyageur,
Devenu immobile mais restant rêveur.
Les autres se réduisent à la contemplation,
Mais lui, il crée, tant que dure l’imagination!

Berserker.

Le soir. Dans la forêt, il hurle. Il ramasse quelques herbes et les mange directement. La pluie commence à tomber, et il s’assoit en dessous. Il commence à méditer.

Deux heures plus tard. Elle est face au feu, dans sa caverne. Elle s’assoit sur un tas de couvertures et commence à taper sur un gros tambour. La femme entonne des prières, faites de sons autrefois employés par un peuple disparu depuis bien longtemps. Mais les mots, comme les légendes, perdurent. Ses prières vont se répercuter contre les murs de la grotte, faisant circuler une énergie mystique dans les symboles qui recouvrent les parois. Puis, ces sons sortent, et ils se confondent avec le bruit du vent dans les cavités rocheuses, des trombes d’eau contre les troncs de chênes millénaires, de la rosée qui s’évapore au Soleil.

Le matin.  Peut-être des centaines de matinées plus tard. Il court à travers les arbres. Peu lui importe le vent sur son corps nu, la pluie ruisselant de sa tête ou le Soleil lui brûlant le visage. Il grimpe sur les branches, sautant de l’une à l’autre. Il s’allonge par terre et rampe. Il ne chasse pas, pourtant.  Il sort de la forêt et traverse la plaine. L’homme se dirige lentement vers la rivière.

Au loin, une femme.

Au loin, un homme.

Ils se regardent, s’allongent et communient. Un râle d’extase, un orgasme primitif se fait entendre. Il est puissant, pur et premier.

Ils sont des Berserkers. Les guerriers d’Odin. Ils sont les derniers humains.

Cinq cent sculptures en saignements (de nez)

[Ébauchée

C’est en regardant la transition
De mes pyjamas
à mes vêtements

Que m’est venue la compréhension:
ô vie nocturne nuit,
Pourquoi mon activité chez toi n’égale
pas
celle diurne ? ]

Qui donc ose croire encore que la pluie me dérange,
Trou d’eau courant coulant
Inondant la traînée,  ruisselant’ sur les pavés
La putain choit du ciel en niant le tempo.

Encore il a fallu que ton chemin me barre
La laideur de tes traits autrefois adorés
Tes mots puants sur mes oreilles, sinistres coutelas
Infligeant à mon corps ce que tu n’as su faire au tien.

Continuer à te voir semble être une torture,
Bien que délectables sont ces mots qui s’écoulent
Évoquant la « péninsule » qui se met à pisser
Image que je tiens parfois encore à reproduire

Grossières mes paroles, miroir de tes actions,
T’imiter est pourtant la dernière de mes envies
Mais ce poème serait injuste s’il ne se finissait
Sur un « merci pour tout » que tu mérites, en somme.

[Qu’est-ce qui est écrit ? ]
Pendaison Perdition Transition
Ah ça je le sais
On me l’a dit
La crise est plus naturelle que l’équilibre

Harmonie explosion compte les allitérations
Là-haut c’est la même chose
Mange ris crève
Mais n’oublie pas la maladie
– créatrice.

Tomber dans le trou
Tous trop beaucoup
Non bon nom
Je n’oserai pas.

Amène-toi par-là
Echo au rythme punk
Idole il dort tant pis
Réveiller. (Encor à faire…)

[Épitaphe:
Vivons le retour des nuages]

Ecce Homo

Ou «A Picture of Dorian, gay.»

Nos langues qui se croisent et ma main qui descend,
Dans ses cheveux, d’abord, quel que soit mon amant.
Puis, toujours plus bas, je traverse son dos musclé,
Et la sueur de nos corps a un doux goût salé.

Je continue mon exploration, ma main croise ses fesses;
Peu m’importe leur forme, j’éprouve tant d’allégresse
A saisir pleinement ces formes si dodues
Homme, je l’écris, oui, j’aime ton cul.

Je me perds, toujours plus bas, ma main sur ses jambes
J’apprécie tant de remonter en câlinant ses poils,
Ces virils fils de fées; de passion je tremble
Et me dirige maintenant vers le cœur, l’étoile.

J’atteins enfin mon but, en croisant les deux sœurs,
Se balançant calmement, suspendues à la branche
Je constate en touchant sa verge son ardeur
Mon partenaire bande, prions comme un dimanche.

J’abaisse ma tête vers son nid intime
Mes lèvres sur son torse, je palpe son pouls
Quand je trouve enfin son mât, oui, comme en marine
L’engouffre dans ma bouche et le pompe de tout mon soul

Je sens finalement couler au fond de ma gorge
Le nectar de la vie au parfum si infâme
Je m’en délecte pourtant, veux le marteau en ma forge
Dans nos étreintes impies c’est moi qui joue la femme.

Vient le moment ultime où nos corps se joignent
La découverte de sensations occultées par les mœurs
Quelques mouvements, son épaule j’empoigne
Empalé sur sa queue, enivré de saveurs.

Communion de nos êtres, séparés de plastique
Je le sens s’engouffrer, oh ! Tous deux pris de frénésie
De cet échange résulte de grandes vagues électriques
Qui secouent nos physiques tout au long de la nuit.